— Fille de la comtesse Balbi. Née en 1835 à Florence. Elle habite avec sa mère un petit hôtel de l’avenue des Champs-Elysées, à deux pas de la rue Marbeuf. C’est une grande fille d’une admirable beauté, s’habillant étrangement de robes mal faites [7]. Elle a un mélange de mœurs libres et de dévotion outrée [91], et vit dans un incroyable gâchis d’argent, avec des accès brusques d’avarice honteuse [174]. Très intelligente, très séduisante, très ambitieuse, elle aide aux intrigues internationales de sa mère, vivant dans le monde politique l’oreille tendue, se montrant très curieuse de la vie des autres, usant de sa beauté pour pénétrer partout, achetant des amitiés par le don de ses faveurs.

Malgré l’étrangeté de sa vie, elle se pousse hardiment vers an grand mariage capable de satisfaire son orgueil ; elle jette son dévolu sur le ministre Rougon. Mais c’est en vain qu’elle l’enveloppe d’une séduction savante et qu’elle l’excite jusqu’au coup de sang [95]. Rougon se dérobe, faisant à cette dangereuse aventurière l’offense de la considérer comme inférieure à lui et de la marier avec son ami Delestang, un imbécile solennel. Clorinde rêvera dès lors une vengeance digne d’elle et ses efforts vont tendre à l’écroulement de Rougon. Comme celui-ci n’est plus aux affaires, elle emploie tout son génie de l’intrigue à lui faire rendre le pouvoir, puis, quand il est à l’apogée de sa puissance, elle travaille à le culbuter, ameutant Paris contre lui, détachant du grand homme les familiers qui le soutiennent, faisant la conquête de l’impératrice [338], allumant l’empereur dont elle devient la maîtresse, provoquant enfin le brusque renvoi du ministre et raffinant sa vengeance jusqu’à obtenir pour l’incapable Delestang, son mari, le portefeuille enlevé à Rougon.

Elle continue ses hautes intrigues, fait vigoureusement le jeu de Cavour en vue d’une alliance contre l’Autriche [370] et contribue à préparer la guerre d’Italie qui modifiera la politique intérieure de l’Empire et, conséquence imprévue, ramènera triomphalement Rougon au pouvoir, après une éclipse de trois ans. La belle Clorinde s’inclinera alors devant l’incontestable force de ce Rougon qu’elle avait cru abattre [462]. (Son Excellence Eugène Rougon.)