Bouroche

— Médecin-major au 106e de ligne (colonel de Vineuil). Gros homme à la tête puissante, au mufle de lion [112]. A Reims, le 22 août, rencontrant l’empereur entouré d’une brillante escorte, il a vu à fond, de son coup d’œil de praticien, celte face très pâle et déjà tirée, ces yeux vacillants, comme troublés et pleins d’eau, et d’un mot il à arrêté son diagnostic : Foutu [72]. rendant la bataille de Sedan, il installe son ambulance dans la fabrique Delaherche, qui s’encombre bientôt de blessés ; c’est un déchargement affreux de pauvres gens, les uns d’une pâleur verdâtre, les autres violacés de congestion [326]. Les opérations se succèdent, les minces couteaux d’acier luisent, les scies ont à peine un petit bruit de râpe, le sang coule par jets brusques, c’est un va-et-vient rapine d’amputés [327]. Derrière un massif de cytises, on a établi le charnier où sont jetés les morts, raidis dans le dernier râle ; et près des cadavres, pêle-mêle, des jambes et des bras coupés s’entassent aussi, tout ce qu’on rogne, tout ce qu’on abat sur les tables d’opération [336].

Plein de hâte et d’énergie, les durs cheveux hérissés sur sa tête énorme, le major souffle de lassitude; c’est un solide, il a une peau dure et un cœur ferme, pourtant il éprouve une immense désolation, il est paralysé par l’ « à quoi bon », par le sentiment qu’il ne fera jamais tout [340], par son impuissance à sauver tous les pauvres diables en bouillie qu’on lui amène [347]. La pratique et l’impérieuse discipline le remettent d’aplomb, il opère toujours, sans même endormir les patients, maintenant qu’il n’a plus de chloroforme [397].

Pendant 1’insurrection de Paris, on le retrouve à l’armée de Versailles, il consent à soigner un de ses anciens soldats, Maurice Levasseur, mortellement blessé dans les rangs de la Commune [623]. (La Débâcle.)