— Enfant recueillie à deux ans, par la mère Chantemesse, sur le trottoir de la rue Saint-Denis, au coin du marché des Innocents. Est élevée rue au Lard, en plein ventre de Paris [196]. Futée et mince, avec un drôle de museau, sous la broussaille noire de ses cheveux crépus [28], Cadine est l’inséparable amie de Marjolin et grandit avec lui dans les Halles, qu’ils emplissent de leurs amours de moineaux insouciants [207]. Pleine d’ingéniosité, à six ans elle était marchande an petit tas, à huit ans elle vendait des citrons, l’année suivante des bonnets à neuf sous, puis des gâteaux, puis du mouron. Cadine entre chez une fleuriste où elle est comme un bouquet tiède et vivant [202] et enfin, à treize ans, elle s’établit à son compte, vendant des violettes sur un éventaire [205]. A seize ans, c’est une fille échappée, une bohémienne noire du pavé, très gourmande, très sensuelle [207]. Elle reste pleine d’affection pour Marjolin, même lorsqu’une chute sur la tète a rendu ce garçon tout à fait inconscient. Ils se sont liés avec Léon, l’apprenti des Quenu, et c’est, dans sa petite chambre, des bombances de charcuterie [221]. Claude Lantier, qui admire Cadine et Marjolin, ces jeunes bêtes heureuses abandonnées à l’instinct, les appelle « ses deux brutes ». (Le Ventre de Paris.)