Grande , La

— Fille aînée de Joseph-Casimir Fouan. Sœur du père Fouan, de Michel Mouche et de Laure Badeuil. Mariée à un voisin, Antoine Péchard, elle lui apporta en mariage sept arpents de terre, contre dix-huit possédés par lui. Restée veuve de bonne heure, elle a chassé sa fille unique, parce que celle-ci a voulu épouser contre son gré un garçon pauvre, Vincent Bouteroue. La fille et le gendre sont morts de misère, laissant deux enfants, Palmyre et Hilarion, que la grand’mère a refusé de connaître. A quatre-vingts ans, respectée et crainte dans la famille, non pour sa vieillesse, mais pour sa fortune, exigeant des égards en reine riche et redoutée, elle dirige encore elle-même la culture de ses terres ; elle a trois vaches, un cochon et un valet qu’elle nourrit à l’auge commune, obéie par tous dans un aplatissement de terreur.

Encore très droite, très haute, maigre et dure, avec de gros os, elle a la tête décharnée d’un oiseau de proie, sur un cou long et flétri couleur de sang. Le nez de la famille, chez elle, se recourbe en bec terrible ; des yeux ronds et fixes, plus un cheveu sous le foulard jaune qu’elle porte et, au contraire, toutes ses dents, des mâchoires à vivre de cailloux. Elle marche le bâton levé et ne sort jamais sans sa canne d’épine, dont elle se sert uniquement pour taper sur les bêtes et le monde [32]. La Grande, furieuse contre le ciel qui envoie la grêle, lui lance des cailloux pour le crever. Elle ne croit pas à l’enfer. Et le village tout entier admire sa dureté, son avarice, son entêtement à posséder et à vivre. Quand les terres de Louis Fouan ont été partagées, elle a blâmé son frère, trouvant qu’il faut être bête et lâche pour renoncer à son bien, tant qu’on est debout; les turpitudes qui vont suivre. Je long calvaire du père Fouan, le drame des Buteau, la trouveront hostile à tous, satisfaite de leurs maux, surexcitant les cupidités, ne s’interposant que pour envenimer les querelles. A quatre-vingt-huit ans, elle ne se préoccupe de sa mort que pour laissera ses héritiers, avec sa fortune, le tracas de procès sans fin, une complication de testament extraordinaire, embrouillée par plaisir, où sous le prétexte de ne faire du tort à personne, elle les forcera de se dévorer tous [377]. (La Terre.)