Employée la soierie, au Bonheur des Dames. Petit, aimable et gras, il joue la bonhomie. C’est le fils d’un cafetier d’Yvetot ; il a su en dix-huit mois devenir un des premiers vendeurs, par une souplesse de nature, une continuelle caresse de flatterie qui cache un appétit furieux, mangeant tout, dévorant le monde, même sans faim, pour le plaisir [56]. Dans .la bataille de la vente, il se promène devant les comptoirs, les dénis longues, voulant sa part, jalousant le voisin. Bon étalagiste, hâté de parvenir, il rêve de supplanter le second, Robineau; opérant de son air aimable, il le mine sourdement et parvient à ameuter contre lui le rayon entier; il le. chasse ainsi à force de mauvais vouloirs et de vexations. Plus tard le bilieux Favier, qu’il a beaucoup mis en avant pour cette besogne, le mangera à son tour.

Hutin canote et entretient des chanteuses de café-concert. Entre lui et le gantier Mignot, il y a une rivalité de jolis hommes qui se vantent de bonnes fortunes dans la clientèle; mais le soyeux n’a conquis véritablement qu’une passementière, lasse de traîner dans les hôtels louches du quartier [120]. Il affecte de mépriser les vendeuses ; sans un mot maladroit d’Henri Deloche, il aurait toujours ignoré l’amitié naïve que lui a vouée jadis Denise Baudu. Devenu second, Hutin se révèle terrible, d’une sévérité hargneuse : le rayon se ligue maintenant pour pousser Favier contre lui, tandis que lui-même dévore sourdement Bouthemont, dans le but obstiné de prendre sa place [343]. Il a quitté l’hôtel de Smyrne, rue Sainte-Anne, pour prendre un appartement de trois pièces; il a lâché les chanteuses et affiche maintenant des institutrices [344]. Premier au départ de Bouthemont, sentant que Favier, plus fort que lui, l’éliminera vite, il a le talent de se faire enlever au Bonheur des Dames par madame Desforges, qui va le placer aux Quatre-Saisons [500].