Méhudin , Louise

— Surnommée la belle Normande. Poissonnière superbe, d’une beauté hardie, très blanche et délicate de peau, d’œil effronté et de poitrine vivante [88]. Fille aînée de la mère Méhudin, deviendra plus tard madame Lebigre. Les Méhudin habitent rue Pirouette, dans l’ancienne maison des Quenu, an second. Elles sont une puissance à la poissonnerie, où elles dirigent les cabales et font trembler le personnel. La belle Normande a dû se marier avec un employé de la Halle au blé, mais celui-ci s’est cassé les reins dans une chute. Sept mois plus tard, elle a accouché d’un garçon, le gros Muche, et, dans l’entourage, on la considère comme veuve [138].

Très coquette, toujours parée, étalant des nœuds de rubans, une chaîne d’or qui sonne sur son tablier, ses cheveux nus peignés à la mode, elle est une des reines des Halles et, ancienne voisine de la belle Lisa Quenu, reste son amie intime, avec une pointe de rivalité. Elles ont affecté de s’aimer beaucoup, jusqu’au jour où une banale querelle en a fait deux ennemies acharnées. C’est alors un gros conflit dont les Halles vont être spectatrices, une formidable guerre entre grasses marchandes, où le maigre Florent recevra tous les coups. Louise Méhudin l’a d’abord persécuté dans ses nouvelles fonctions d’inspecteur de la marée, puis, gagnée par l’affection de Florent pour le petit Muche qu’il cherche à instruire [151], elle s’applique à le détacher de Lisa dont elle le croit l’amant. Elle manœuvre pour le séduire, refuse à son profit les avances de Lebigre, se compromet à tous les yeux, et soutient de terribles altercations avec sa sœur et sa mère. Mais Florent, plein de son idée fixe, reste insensible; et lorsque la découverte du complot provoque une perquisition chez la belle Normande, celle-ci, humiliée dans son orgueil, tourne sa rage contre le grand innocent qui n’a satisfait ni ses vanités ni ses rancunes; elle livre aux policiers les cahiers de Muche contenant des modèles d’écriture subversifs [334], se réconcilie publiquement avec la charcutière et achève de se relever aux yeux du quartier en épousent Lebigre, dont elle tiendra superbement le comptoir [357]. (Le Ventre de Paris.)