— Deuxième enfant de François Mouret et de Marthe Rougon. Frère d’Octave et de Désirée. Né en 1841 à Plassans [161]. (La Fortune des Rougon.)

Il fait ses études au collège de Plassans et, à dix-sept ans, il est bachelier. C’est le savant de la famille, un esprit très tendre et très grave, un tempérament nerveux qui, sous l’influence de l’abbé Faujas, s’exaltera vite dans le sens de la mysticité. Un refroidissement contracté à la veille de son départ pour Paris, où il devait finir ses études, le met aux portes de la mort, l’abbé devient son grand ami, et à peine convalescent, plein d’une extase religieuse, il demande à entrer an séminaire [183]. C’est là qu’on ira le chercher pour venir au lit de sa mère mourante [402]. (La Conquête de Plassans.)

Au séminaire de Plassans, ancien couvent tout plein d’une odeur séculaire de dévotion [l17], Serge a vécu cinq années heureuses. Indifférent aux faiblesses de ses camarades, il s’est replié sur lui-même, se donnant à Dieu, l’approchant chaque année de plus près, emporté dans un rêve d’amour et de foi. Devenu curé des Artaud, coin de Provence aride et perdu, il a laissé toute la fortune paternelle à son frère Octave et ne tient pins au monde que par sa sœur l’innocente Désirée, dont il s’est chargé. Il vit dans un désir d’anéantissement, dans une ardeur mystique, dans une adoration éperdue de la Vierge, fermé aux joies terrestres, sourd aux voix qui montent de cette terre ardente où grouille une incessante fécondation, mortifiant sa chair, s’abîmant en de profondes extases qui, à vingt-cinq ans, l’entraîneront au délire, terrassé par une fièvre qui le mettra à deux doigts de la folie et de la mort.

Mené au Paradou par son oncle, le docteur Pascal, qui l’a sauvé et qui rêve une cure merveilleuse en ce Paradis terrestre où le malade, redevenu enfant, doit vivre une existence nouvelle, Serge se trouve en présence d’Albine, la délicieuse fille qui est comme l’âme vivante et un peu sauvage de l’admirable forêt vierge. Et c’est, entre le jeune prêtre qui a tout oublié de sa vie passée, et la pure enfant qui s’ignore, une douée amitié qui naît, puis un amour candide, puis une adoration grandissante, c’est le lent apprentissage de leur tendresse, une Genèse nouvelle où la nature splendide et complice leur enseigne le bonheur. Mais, à l’heure même de la possession, quand Serge et Albine sont encore dans la stupeur de leur félicité, l’irruption de frère Archangias, dans cet Éden nouveau, replace brusquement l’abbé Mouret en présence de son passé [278]. Invinciblement entraîné vers ce clocher des Artaud où sonne l’angélus, il quitte le Paradou sans détourner la tête, rentre en sa cure et vit de longs jours en une agonie muette, s’écrasant le cœur, luttant pour la mort de son sexe, cherchant en vain l’oubli, n’osant plus adorer 1’Immaculée-Conception, dont la grâce féminine était un piège. Il se réfugie en une dévotion extraordinaire pour la Croix [323], trouve enfin la grâce et redevient la .chose de Dieu, au point de résister victorieusement aux appels poignants d’Albine et de revenir an Paradou, de revoir ces fleurs, ces arbres, ces rochers, ces sources, toute celte nature imprégnée de passion, sans un frisson de sa chair anéantie. Et il achève sa lutte victorieuse contre la vie, en jetant sur le corps d’Albine morte, la poignée de terre de l’officiant [423]. (La Faute de l’abbé Mouret.)

Envoyé plus lard à Saint-Eutrope, au fond d’une gorge marécageuse, il s’est cloîtré li avec sa sœur Désirée, dans une grande humilité, refusant tout avancement de son évêque, attendant la mort eu saint homme qui repousse les remèdes, bien qu’il souffre d’une phtisie commençante [129]. (Le Docteur Pascal.)

(l) Serge Mouret, né en 1841. [Mélange dissémination. Ressemblance morale et physique de la mère. Cerveau du porc troublé par l’influence morbide de la mure. Hérédité d’une névrose se tournant en mysticisme]. Prêtre. Vit encore, curé de Saint-Eutrope. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)