Lisa Macquart

— La fille aînée d’Antoine Macquart et de Josépiline Gavaudan. Sœur de Gervaise et de Jean. Femme de Quenu. Elle est née à Plassans en 1827, un an après le mariage de ses parents ; c’est une grosse et belle enfant, très sanguine, qui ressemble beaucoup à sa mère, sera comme elle vaillante à la besogne, mais n’aura pas son dévouement de bêle de somme; elle tient de son père un besoin de bien-être très arrêté. A sept ans, Lisa a été prise en amitié par la directrice des postes; celle-ci en fait une petite bonne et, devenue veuve, l’emmène à Paris [149]. (La Fortune des Rougon,)

En 1851, c’est une belle fille bien portante, d’humeur égale, un peu sérieuse, ce qui donne un grand charme à ses rares sourires. Elle vivait rue Cuvier chez sa protectrice qui la traitait comme sa propre enfant, lorsque cette dame a été emportée par un asthme, laissant une dizaine de mille francs à Lisa. La jeune fille entre comme demoiselle de boutique chez le charcutier Gradelle, rue Pirouette, et fait très vite la conquête de la maison. Lorsque, un an après, Gradelle a été emporté par une attaque soudaine, Lisa trouve tout naturellement un mari dans le neveu Quenu, faible d’esprit mais acharné travailleur, qu’elle a dominé du premier coup en sachant découvrir le magot de l’oncle, enfoui au fond d’un saloir [59]. Bientôt ils abandonnent la médiocre boutique pour fonder une magnifique charcuterie où la belle Lisa trône comme une des reines du quartier; avec son mari et sa fille Pauline, elle forme une trinité grasse, suant la santé, luisante et superbe. Lorsque Florent revient, maigre et mourant de faim, Lisa est dans la maturité de la trentaine; c’est une belle femme, point trop grosse pourtant, forte de la gorge; ses cheveux lissés, collés et comme vernis lui descendent en petits bandeaux plats sur les tempes. Elle a un grand air d’honnêteté.

C’est une Macquart rangée, raisonnable, logique avec ses besoins de bien-être, ayant compris que la meilleure façon de s’endormir dans une tiédeur heureuse est encore de se faire soi-même un lit de béatitude [56]. Elle est d’un égoïsme tranquille et béat, écartant, toutes les causes possibles de trouble, laissant couler les journées au milieu de cet air gras, de cette prospérité alourdie [64]. L’arrivée de son beau-frère lui a laissé tout son calme; comme les mauvaises pensées la dérangeraient trop, elle parle aussitôt de partager fa succession Gradelle et, pour ramener à renoncer à cet acte désintéressé, il faut toute la résistance de Florent.

Mais celui-ci, installé chez son frère, promenant dans la boutique sa lassitude et sa tristesse, impatiente bientôt la belle madame Quenu, pleine de mépris pour les gens qui se croisent les bras. Habituée à tout régenter, Lisa sait vaincre les répugnances du républicain pour un emploi officiel; elle ne lui a, du reste, aucune reconnaissance de cette faiblesse [113]. Sa froideur de femme grasse et arrivée, son instinctive méfiance pour ce maigre inquiétant, se transforment bientôt en une hostilité active. Lisa ne pardonne pas à Florent son amitié pour la belle Normande, brouillée à mort avec elle; ce doux rêveur sera écrasé par la formidable rivalité des deux femmes. Quand il entraîne son frère chez Lebigre, aux réunions bavard, Lisa, émuepar les racontars de la Saget, commence son œuvre de défense; tout en faisant grand étalage de patience et en se gardant dédire du mal de Florent, elle ramèneQuenu aux saines idées politiques et le poussepeu à peu vers le désir d’ue rupture avec ce frère qui trouble la digestion des honnêtes gens. Après un conciliabule avec l’abbé Roustan[251], révolutionnée par la découverte d’écharpes rouges préparées pour le grand jour, indignée devant sa propre tranquillité compromise à jamais, elle se décide brusquement à dénoncer. le conspirateur en rupture de ban [318].

Florent arrêté, c’est la quiétude qui revient, une réconciliation publique se produit entre Lisa et la belle Normande, les Quenu s’embrassent, énormes, débordants, déjà convalescents de ce malaise d’une année où leur tranquille bonheur tremblait et coulait comme une graisse mal figée. Et, pendant que son maigre beau-frère retourne à Cayenne, la belle Lisa montre un grand calme repu, une tranquillité énorme que rien ne doit plus venir troubler. (Le Ventre de Paris.)

Elle meurt à Paris, en 1863, d’une décomposition du sang [25]. (La Joie de vivre.)

(1) Lisa Macquart, née en 1837; épouse, en 1852, Quenu, sain et pondéré, dont elle a une fille dans l’année ; meurt six mois avant son mari, en 1863, d’une décomposition du sang. [Élection de la mère. Ressemblance physique de la mère]. Charcutière, grande boutique aux Halles. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)