— Marchand de volailles aux Halles. Petit, carré, l’air heureux, les cheveux gris et taillés en brosse. Beau-frère de madame Lecœur et oncle de la Sarriette. Etait rôtisseur rue Saint-Jacques quand il a connu Florent et son frère Quenu. Peu après le coup d’Etat, il a perdu sa femme et a gardé la rôtisserie jusqu’en 1856; il a vécu d’abord de ses rentes, arrondies lors de la guerre de Crimée par une fourniture militaire. Puis, s’ennuyant, il est venu habiter rue de la Cossonnerie et, séduit par les Halles, il s’est décidé à louer une place au pavillon de la volaille, uniquement pour se distraire parles cancans du marché [74]. Il est profondément détesté de sa belle-sœur, qui avait espéré en vain se faire épouser.

Homme d’opposition, Gavard se vante d’avoir dit leur fait à quatre gouvernements, n’avoue pas qu’il a applaudi au Deux-Décembre et regarde maintenant Napoléon III comme un ennemi personnel, il se pose en homme dangereux et se nourrit de hâbleries, avec un besoin goguenard de tapage. Gavard a dépassé la cinquantaine lors du retour de Florent, qu’il rencontre mourant de faim et qu’il ramène à Quenu. Ravi d’une aventure qui met sous sa main un camarade réellement compromis, il s’amuse à prendre des allures de conspirateur. Il a obtenu pour Florent une place aux Halles, s’imaginant ainsi embêter l’Empire qui donnera son argent à un échappé de Cayenne. Bientôt, il l’entraîne chez Lebigre, où se réunissent avec lui des amis politiques, Logre, Robine, Lacaille, Alexandre, Charvet et Clémence, tous ennemis du gouvernement impérial. De là sort le complot des Halles, machiné par Logre. Gavard, heureux d’acquérir de l’importance, se compromet à plaisir, montre partout un revolver qu’il appelle Anatole, pousse l’enfantillage jusqu’à vendre des titres pour avoir chez lui dix mille francs en or, prêts à toute éventualité. Finalement, il se fait prendre dans la souricière organisée chez Quenu, et il jette sa clé à la Sarriette et à madame Lecœur qui, flanquées de mademoiselle Saget et de la concierge, madame Léonce, courent voler son or et omettent de brûler les papiers compromettants. Traduit en justice avec Florent et les autres conspirateurs, il est condamné à la déportation, payant cher sa verve opposante de boutiquier parisien [355]. (Le Ventre de Paris.)